Modernité : la fin approche

Publié le : 17 janvier 2016

Modernité : la fin approche

La pensée écologique, explique ce très ambitieux dictionnaire, débute au XIXe siècle, lorsque l’industrie commence à déployer ses effets sur les milieux, puis monte en acuité et en volume après la Seconde Guerre mondiale, à mesure que l’industrie s’étend, jusqu’à devenir une force géologique. Cette pensée a pour point focal la remise en cause totale du paradigme de la modernité à partir de deux critiques cardinales : la place supposée hors nature que la modernité accorde à tort à l’être humain et la foi de toute évidence abusive qu’elle met dans le pouvoir des techniques à le sortir de tous les mauvais pas dans lesquels il se fourvoie avec une obstination qui étonne.

Penser l’écologie, c’est donc penser l’appartenance, pleine et entière, de l’être humain à la nature, avec les limites que cela implique pour lui, que ce soit de la Terre, de la technique ou de la liberté. C’est bien sûr aussi, étant donné le niveau désormais aigu des dégradations écologiques, envisager une autre aventure, moins folle, compatible avec le seul habitat disponible, une Terre maintenue dans une fourchette minimale d’équilibres dont les humains ont besoin.

Le mal infligé à ces équilibres est aujourd'hui si profond que les deux principaux artisans de cette somme, Dominique Bourg et Alain Papaux, tous deux professeurs à l’Université de Lausanne, respectivement en philosophie et en droit, ne cachent pas leur pessimisme. En exergue de leur livre, cette citation due à un anonyme rappelle la férocité d’Attila le Hun derrière lequel l’herbe ne repoussait pas : « Les forêts précèdent les peuples. Les déserts les suivent. » De même, leur article sous l’entrée Pensée écologique se termine par une référence au désert que les hommes créent et dans lequel les écologistes prêchent.

Il faut espérer que ce dictionnaire, fruit d’un énorme travail collectif – plus de 1000 pages, 357 entrées, 224 auteurs de divers sensibilités, âges et formations – leur donne tort. Ce il montre bien que la pensée écologique pourrait changer le monde.

Sous la direction de Dominique Bourg et Alain Papaux. Dictionnaire de la pensée écologique, PUF, Quadrige, Paris, 2015.