Eloge de la biodiversité culturelle (version papier)

« Nous ne voulons pas devenir une réserve d’Indiens. » Voilà peut-être la revendication la plus proche du degré zéro de la pensée politique. Elle signifie bien souvent ceci : « Laissez-nous bétonner et urbaniser ici tranquillement, et utiliser massivement autant de ressources que nous voulons quel qu’en soit le prix ailleurs. » En arrière-fond, elle révèle un mépris pour les autres peuples, ces indigènes arriérés qui en sont encore à se promener avec des plumes sur le crâne quand ce ne sont pas des os dans le nez.

Ce dossier s’inscrit aux antipodes de cette attitude : « Le barbare est d’abord l’homme qui croit à la barbarie », dit avec force Claude Lévi-Strauss. Et l’évolution du monde signale que les Occidentaux et leurs émules ont au contraire tout lieu de prêter la plus grande attention à la manière dont les peuples autochtones gèrent leur environnement là où leurs forêts n’ont pas encore été brûlées par la convoitise la plus sotte, là où leurs territoires n’ont pas été accaparés pour y exploiter toutes les ressources pourtant finies que la société industrielle consomme frénétiquement.

Cela ne signifie en rien que tout est bon à jeter dans la modernité. Cela signifie que le salut de l’humanité passe par une révolutionnaire ouverture d’esprit au sein de la culture dominante à l’égard des connaissances et des visions du monde qui ne viennent pas d’elle. Car c’est bien la culture qui domine toutes les autres qui n’est pas durable. Et il y a fort à parier que pour sauver la mise des générations futures, toutes les valeurs et savoir-faire qui ont échappé à la destruction ne seront pas de trop pour trouver des solutions à la hauteur du défi de la durabilité qui se dresse devant les acteurs du XXIe siècle.

Et aussi dans ce numéro : 

  • Rencontre avec Dominique Bourg : La société doit retrouver la maîtrise de son destin collectif

Août - septembre - octobre 2007

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