Le dossier
Vivre heureux dans les limites écologiques
Ko Po Kyin, tu es devenu riche et puissant, mais quel bien cela t’a-t-il apporté ? Nous étions plus heureux lorsque nous étions pauvres. […] Le bonheur n’est pas dans l’argent. Que peux-tu vouloir de plus aujourd’hui avec plus d’argent encore ?
Au-delà d’un certain niveau de richesse, l’argent ne fait plus le bonheur. Voilà ce que dit Ma Kin à son époux véreux dans Tragédie birmane, premier roman de George Orwell, paru en 1934. Aujourd’hui, les chercheurs en pointe sur l’étude du bonheur ont rattrapé leur retard sur la sagesse populaire dont fait preuve cette femme illettrée qu’Orwell met en scène dans ce roman édifi ant sur l’Empire britannique en Asie.
Pourtant, toute la doctrine économique dominante continue de défendre l’idée contraire : que l’argent ferait le bonheur. C’est ce que dit la quête sans cesse relancée de la croissance du produit intérieur brut (PIB). Mais d’énormes brèches entaillent désormais de toutes parts cette idéologie, dont l’expression prend de telles proportions qu’elle sape à grande vitesse les bases de la vie humaine sur Terre et disloque les uns après les autres les tissus et les liens sociaux partout où elle s’installe.
Une conception beaucoup plus… riche de la prospérité et des déterminants du bonheur compatible avec les limites de la biosphère est en pleine émergence. Les temps sont mûrs pour en tirer les conséquences en termes de mesures de la richesse et du progrès afin d’orienter les politiques publiques vers l’objectif global de la durabilité. Une durabilité heureuse.
1. Vers la fin du règne sans partage du PIB et l'instauration d'autres indicateurs
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2. Le PIB pourrait bientôt cesser de faire barrage au progrès
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3. Vers une prospérité sans croissance
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La croissance économique est supposée engendrer la prospérité. Mais elle mène à une impasse : désormais extrêmement inégalitaire, elle détruit la planète. Cependant, en l’état du fonctionnement du monde, son arrêt soudain créerait une récession massive. Le temps commence à manquer pour inventer une autre économie, génératrice de prospérité sans croissance.
4. Redéfinir la prospérité
Tim Jackson (professeur de développement durable ; dirige le groupe de recherche Styles de vie, valeurs et environnement (Resolve) à l’Université du Surrey, Royaume-Uni ; commissaire à l’économie à la Commission britannique du développement durable)
La vision dominante de la prospérité en tant que paradis économique en expansion continue est en pleine déconfiture. Ce modèle était peut-être adapté à des économies plus petites que les économies actuelles et à un monde moins peuplé.
Mais s’il a un temps répondu à ce qu’on attendait de lui, ce n’est certainement plus le cas aujourd’hui.
5. Le mythe du découplage
Tim Jackson
La réponse convenue au dilemme de la croissance est d’en appeler au « découplage » : il s’agit de reconfigurer les processus de production et de concevoir différemment les biens et les services pour faire en sorte que les résultats économiques dépendent de moins en moins des flux de matières. Cependant, les faits démontrent que cette réponse est incapable de permettre à l’économie de revenir dans les limites écologiques et d’échapper à la pénurie de ressources.
6. Une macroéconomie pour la durabilité
Tim Jackson
Dans l’économie conventionnelle, la croissance est nécessaire pour lutter contre le chômage. Ce choix hautement structurant, qui est incompatible avec le respect des limites physiques de la planète, n’est pas une fatalité. D’autres modèles macroéconomiques sont envisageables. Si seulement les économistes étaient plus nombreux à s’y intéresser.
7. Destination bonheur durable
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Pour une majorité de personnes, le but, dans la vie, c’est d’être heureux. Or, la politique ne peut aujourd’hui plus renvoyer cette question à la sphère privée sous prétexte que la réponse serait subjective. Les preuves sont claires que le bonheur des humains est un phénomène mesurable. Et les données abondent sur ce qui déclenche ou, a contrario, bloque leur bien-être. Il est temps de s’en emparer pour refonder et réactiver la notion de progrès.
8. En quête d'un accord sur un phare vert
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Aucun indicateur synthétique qui mesure l’impact écologique global de l’activité humaine ne fait l’objet d’un consensus assez clair pour pouvoir être utilisé de manière visible et forte par le politique. Candidat en pointe pour jouer ce rôle, l’empreinte écologique se heurte à des obstacles massifs d’ordres avant tout culturel
et politique.
9. L'indice de la planète heureuse associe bien-être et durabilité
Rencontre avec Nic Marks (directeur du Centre pour le bien-être, à Londres, Royaume-Uni. Nic Marks cherche à mesurer et à promouvoir le bien-être tout en améliorant la justice sociale et la durabilité. Au coeur de son travail figure la mise au point de l’indice de la planète heureuse (le Happy Planet Index - HPI))
Le HPI résume très bien le but ultime du progrès : mener une vie longue et heureuse dans les limites de la biosphère. Les résultats du HPI commencent à diffuser dans la plupart des pays. Mais il reste du pain sur la planche pour en faire une balise apte à guider les Etats.
10. Comment relancer son bonheur individuel en cinq actes
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Le Gouvernement britannique a demandé au Centre pour le bien-être de Nic Marks de proposer un ensemble d’actions pour améliorer le bien-être personnel. Le résultat, ce sont cinq registres d’actions très simples que tout individu peut entreprendre sur la voie du bonheur, accompagnés de recommandations de politiques publiques pour les faciliter.
11.Guide
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