|
Le dossier
Eloge de la biodiversité culturelle
« Nous ne voulons pas devenir une réserve d’Indiens.
» Voilà peut-être la revendication la plus proche du
degré zéro de la pensée politique. Elle signifie
bien souvent ceci : « Laissez-nous bétonner et urbaniser
ici tranquillement, et utiliser massivement autant de ressources que nous
voulons quel qu’en soit le prix ailleurs.» En arrière-fond,
elle révèle un mépris pour les autres peuples, ces
indigènes arriérés qui en sont encore à se
promener avec des plumes sur le crâne quand ce ne sont pas des os
dans le nez.
Ce dossier s’inscrit aux antipodes de cette attitude : «
Le barbare est d’abord l’homme qui croit à la barbarie
», dit avec force Claude Lévi-Strauss. Et l’évolution
du monde signale que les Occidentaux et leurs émules ont au contraire
tout lieu de prêter la plus grande attention à la manière
dont les peuples autochtones gèrent leur environnement là
où leurs forêts n’ont pas encore été
abattues par la convoitise la plus sotte, là où leurs territoires
n’ont pas été accaparés pour y exploiter toutes
les ressources pourtant finies que la société industrielle
consomme frénétiquement.
Cela ne signifie en rien que tout est bon à jeter dans la modernité.
Cela signifie que le salut de l’humanité passe par une révolutionnaire
ouverture d’esprit au sein de la culture dominante à l’égard
des connaissances et des visions du monde qui ne viennent pas d’elle.
Car c’est bien la culture qui domine toutes les autres qui n’est
pas durable. Et il y a fort à parier que pour sauver la mise des
générations futures, toutes les valeurs et savoir-faire
qui ont échappé à la destruction ne seront pas de
trop pour trouver des solutions à la hauteur du défi de
la durabilité qui se dresse devant les acteurs du XXIe siècle.
1. Indicateurs
Situation de la biodiversité culturelle de la planète.
LRD
2. La durabilité a besoin du respect et de la coopération
des cultures
LRD
3. Carte de la diversité linguistique et biologique du monde
LRD
4. Préserver ensemble les langues et la biodiversité
Daniel Nettle (Daniel Nettle enseigne
la psychologie à l'Université de Newcastle, au Royaume-Uni.)
Le nombre de langues parlées dans le monde diminue à vitesse
grand V, entraînant une perte culturelle majeure. Et les zones riches
en diversité linguistique coïncidant avec les zones riches
en diversité biologique, cette disparition recouvre une érosion
parallèle des espèces. Conséquence pratique : sauvegarder
la biodiversité et les langues et les cultures autochtones passe
par des actions conjointes.
5. A l'école nomade en Sibérie, chez les Evenks
LRD
Forte d’une parfaite connaissance de la langue et de la culture
évenkes, animée d’une véritable passion pour
ce peuple nomade, Alexandra Lavrillier, femme de caractère, a créé
en 2006 une école itinérante destinée à leurs
enfants. Cette initiative permet aux familles évenkes de rester
unies en toutes saisons, et à leurs enfants d’apprendre sur
le terrain toutes les facettes de leur langue et de leurs traditions.
Finalement, il s’agit de créer les conditions pour que cette
culture puisse rester vivante.
6. Face aux changements climatiques, les peuples indigènes se défendent
LRD
Parce qu’ils sont difficiles d’accès, leurs territoires
- montagnes, déserts, pôle, îles, forêts - ont
sauvé de nombreux peuples indigènes de l’acculturation.
Mais ces niches écologiques marginales sont aussi très vulnérables
aux changements climatiques. Du pôle Nord au Pacifique, les peuples
autochtones sont ainsi souvent les premiers confrontés aux effets
du réchauffement de l’atmosphère. Pour y faire face,
certains se saisissent du droit, d’autres puisent dans leurs savoirs
ancestraux.
7. Les peuples indigènes jouent leur survie
face à l'exploitation minière
LRD
L’exploitation minière et forestière bouleverse
l’environnement naturel et l’équilibre social des peuples
indigènes. Alors que leurs territoires et leurs richesses sont
de plus en plus convoités, ils cherchent à faire respecter
leur droit à l’autodétermination, c’est-à-dire
à décider eux-mêmes de leur avenir. Dans la pratique,
à l’instar des autres Etats, la France et la Suisse ont cependant
toutes les peines à reconnaître ce droit.
8. Les Bochimans du Kalahari tiennent tête
au Gouvernement du Botswana
LRD
Les terres des peuples indigènes ont toujours été
convoitées. Avec la fin des colonies, ce sont les Etats mêmes
qui lorgnent les richesses de leurs minorités. Ainsi en va-t-il
au Botswana, où le gouvernement cherche à déposséder
les Bochimans (les Bushmen en anglais) de leurs terres, riches en diamants.
Mais avec l’organisation Survival International, ce peuple a remporté
une première bataille juridique.
9. La fermeture de la mine de Black Mesa, en Arizona,
pourrait créer un précédent
LRD
Le sens de la spiritualité et la cosmogonie des Indiens d’Amérique
les conduisent à vénérer l’eau, la terre et
d’autres éléments du monde naturel. Une attitude qui
entre en conflit avec la vision utilitariste des ressources naturelles
dominante dans la modernité occidentale. Pour lutter contre les
dégâts parfois monumentaux que provoque l’essor de
l’industrialisation et de l’urbanisation aux Etats-Unis, un
mouvement militant associant écologistes « classiques »
et spiritualité indienne est peut-être en train de voir le
jour dans ce pays.
10. Des universités indigènes latino-américaines
ouvertes sur le monde et tous ses habitants
LRD
Depuis près d’un demi-siècle, des peuples indigènes
d’Amérique latine retissent les fils de leur société
à partir de leurs institutions et traditions ancestrales souvent
très fortement mises à mal. Ayant obtenu le droit à
l’éducation primaire puis secondaire bilingue, les communautés
les plus fortes mettent sur pied des formations universitaires. A leurs
yeux, former les adultes est un passage obligé dans la reconquête
de leur culture.
11. Ces paysans qui façonnent le patrimoine
mondial agricole de l'humanité
LRD
Monuments et
oeuvres de l’esprit ne sont pas les seuls à composer le riche
patrimoine de l’humanité. Les formes d’agriculture
résistantes aux épreuves du temps y contribuent aussi. Réservoirs
de biodiversité et socialement très robustes, elles présentent
l’insigne avantage de très bien s’adapter aux aléas
climatiques. Depuis peu, la communauté internationale montre des
signes de vouloir les sauvegarder face à la plus grande épreuve
qu’elles traversent depuis le néolithique : la mondialisation
des marchés agricoles.
12. Pratique ancestrale en péril, l'élevage
ovin transhumant résiste en Provence
LRD
Pratique millénaire, la transhumance des ovins vers de plus vertes
prairies obéit à un cycle naturel animal et végétal.
Cette migration véhicule une culture bien ancrée dans les
régions méditerranéennes et l’imaginaire collectif.
Intimement lié à la transhumance, le pastoralisme applique
en Provence un modèle d’élevage extensif qui permet
une qualité de production toutefois mal reconnue sur les marchés
mondialisés. L’image d’Epinal du pâtre provençal
masque ainsi une réalité économique bien délicate.
13. Guide pour aller à la rencontre des peuples
indigènes
LRD
14. Entre les peuples autochtones et leurs ressources,
il est encore temps de choisir
LRD
|