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Le dossier
Vive la biodiversité agricole
Le constat est unanime : « Les tomates n’ont plus de goût ! » Les fruits, les légumes et même le pain n’égayent plus les palais comme avant l’uniformisation à outrance de l’agriculture. Mais, bonne nouvelle, ce n’est pas une fatalité. En Afrique, en Amérique latine et en Asie, des paysans et plus encore des paysannes continuent de cultiver une diversité de végétaux et d’élever les animaux les plus variés dans le cadre de stratégies très élaborées pour se prémunir contre toutes sortes de risques. En Europe, grâce à l’agriculture biologique et à la demande des consommateurs en produits qui ont du goût, des variétés anciennes reléguées au placard par manque de productivité reviennent sur les étalages. Ces initiatives mettent en lumière le lien essentiel qui relie la richesse des modes de vie à une diversité agricole exubérante.
Malgré 60 ans d’agriculture intensive, la biodiversité vit encore dans les campagnes. Et partout des paysans se battent contre des politiques nuisibles à son maintien. Avec le soutien de la population, la résistance est particulièrement intense pour faire barrage aux organismes génétiquement modifiés. Reste que le péril est plus grand que jamais.
1. Triple page d’indicateurs
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2. Valoriser la biodiversité agricole
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3. La biodiversité vit grâce aux paysans
Henk Hobbelink (fondateur et directeur de l’organisation Action internationale pour les ressources génétiques -Grain-, Barcelone, Espagne.)
La diversité biologique est cruciale pour que plantes et animaux s’adaptent aux aléas climatiques, aux maladies et aux attaques des ravageurs. Depuis la nuit des temps, les paysans font vivre cette diversité biologique dans leurs champs. Mais focalisée sur la génétique, la communauté internationale éprouve les pires difficultés à s’intéresser à eux.
4. La récolte cachée de la biodiversité sauvage
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On a tendance à opposer la biodiversité agricole nécessaire à la nourriture à la biodiversité sauvage. C’est ignorer la situation de millions de personnes qui complètent leur alimentation avec les fruits, les racines et les graines qu’elles puisent dans la forêt et dans les aires non cultivées. Des avantages jamais pris en compte lorsqu’il s’agit de décider du sort de ces terres communes.
5. Le savoir-faire des femmes indiennes enrichit la biodiversité
Carine Vatturi-Pionetti (vient de soutenir sa thèse sur le rôle des femmes indiennes dans le maintien de la biodiversité agricole, Université d’Orléans, France.)
Au cœur du sud de l’Inde rurale, sur le plateau du Deccan, les femmes jouent un rôle essentiel dans le maintien d’une riche biodiversité agricole. Mais le modèle de développement économique productiviste menace ce rôle central au sein du système traditionnel. En empêchant les femmes d’enrichir la biodiversité de la planète, cette conception commerciale de l’agriculture tend du même coup à leur faire perdre leur dignité.
6. En cas de catastrophe, les semences locales sont disponibles, mais souvent inaccessibles
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Guerres et catastrophes naturelles sont facteurs de déstabilisation. Pour la première fois, une recherche analyse les conséquences pour la biodiversité agricole d’une guerre, celle du Rwanda. Conclusion : les semences sont disponibles localement, mais les paysans pauvres n’ont pas les moyens de les acquérir. Une révolution pour les organisations humanitaires qui diffusent des semences importées souvent inadaptées aux conditions locales.
7. Il est vital de protéger les éleveurs de bétail traditionnels
Ilse Köhler-Rollefson (fondatrice et directrice de la Ligue des peuples pasteurs, Ober-Ramstadt, Allemagne.)
Depuis la nuit des temps, des sociétés traditionnelles d’éleveurs de bétail et de volaille sélectionnent des variétés d’animaux dans toutes sortes d’environnements dans le monde. Mais la globalisation et l’industrialisation de l’élevage menacent de plus en plus la richesse génétique présente dans les 6000 races d’animaux ainsi sélectionnées. Sauver les peuples pasteurs qui maintiennent ce trésor en vie passe par la reconnaissance et la juste rétribution de leur travail irremplaçable de sélection.
8. Convoitées, les ressources génétiques sont pourtant en panne de financement
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Désormais reconnue patrimoine mondial de l’humanité, la biodiversité agricole peine à mobiliser les moyens nécessaires à sa conservation. Conséquence : les collections de plantes sont mal en point. Dans ce contexte, un traité sur les ressources génétiques agricoles vient enfin d’entrer en vigueur. Il garantit leur libre accès et le partage équitable des bénéfices qui en découlent. Mais les financements restent à trouver.
9. Depuis quelques années, plus de variétés poussent dans les champs suisses
Geert Kleijer (chercheur et responsable de la conservation des ressources génétiques des céréales à l’Agroscope de la Station fédérale de recherches agronomiques de Changins, Suisse.)
Après une longue période d’épanouissement, la biodiversité agricole se met à chuter en Suisse de façon fulgurante à partir des années 1940 avec la modernisation de l’agriculture et la course au rendement. Depuis les années 1990, le changement de la politique agricole suisse et un plan national pour la diversité agricole contribuent à inverser cette tendance.
10. D’anciennes variétés fruitières ressuscitent grâce au conservatoire de Gembloux
Marc Lateur et Laurent Delpierre (chercheurs au département Lutte biologique et ressources phytogénétiques du Centre wallon de recherches agronomiques, Gembloux, Belgique.)
La Belgique était, il y a deux siècles, le haut lieu de la création de variétés fruitières, en particulier de poires. Le verger conservatoire du Centre wallon de recherches agronomiques hérite de cette tradition. Il garde le patrimoine fruitier et l’utilise pour aider au nécessaire renouveau de l’arboriculture.
11. Histoire de paysans que le blé et le pain passionnent
LRD
Pour l’amour du pain, du goût ou des belles choses, des hommes et des femmes se consacrent à faire vivre de vieilles variétés de céréales en France et en Suisse. Ils aident à faire comprendre l’intensité du lien qui relie l’homme à son alimentation.
12. Les entreprises érigent de « nouvelles enclosures » pour s’approprier le vivant
Hope Shand (directrice de la recherche au groupe Erosion, Technology and Concentration -ETC Group-, Chapel Hill, Caroline du Sud, Etats-Unis.)
De « nouvelles enclosures » s’ajoutent à la propriété intellectuelle pour renforcer le contrôle des entreprises sur les semences génétiquement modifiées (GM). Aussi, pour se prémunir des monopoles qui menacent la biodiversité et les paysans, les stratégies de résistance ne peuvent pas se limiter à condamner les « brevets sur la vie ». Et la communauté internationale doit s’appuyer sur une convention internationale pour créer un organisme qui évalue, accepte ou rejette les nouvelles technologies.
13. Après les organismes génétiquement modifiés, les organismes atomiquement modifiés
Jim Thomas (responsable de programme pour le groupe Erosion, Technology and Concentration -ETC Group-, Cambridge, Royaume-Uni.)
La ligne de partage entre biotechnologies et nanotechnologies – la manipulation de la nature au niveau des atomes et des molécules – est parfois floue. Près de Bangkok, en Thaïlande, des chercheurs utilisent des instruments de physique nucléaire pour modifier atomiquement des graines de riz. Une manipulation qui prolonge la révolution moléculaire qui rompt avec dix mille ans de tradition agricole.
14. La conférence de consensus peut faire justice au débat sur les OGM
LRD
De nombreuses conférences de consensus ont eu lieu dans le monde lors de la montée en force de l’opposition aux organismes génétiquement modifiés (OGM) dans les années 1990. Mais aucune de ces conférences organisées au niveau national n’a permis d’envisager des options non OGM pour les comparer aux options OGM. Quelques années plus tard, les raisons de rejeter les OGM se renforçant, il serait judicieux d’organiser des conférences de consensus qui ne contribuent pas à les considérer comme une fatalité.
15. Les zones sans OGM se multiplient dans le monde
Béatrice Brassart, Eric Meunier et Christophe Noisette (animateurs d’Inf’OGM, veille francophone sur les OGM, Montreuil, France ; Béatrice Brassart coordonne aussi la veille juridique sur les OGM, qui fait partie d’Inf’OGM)
Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne font pas l’unanimité dans le monde. De plus en plus d’élus et d’autorités publiques cherchent à créer des zones sans OGM pour protéger leurs territoires et leur alimentation. Ils relaient ainsi une opposition sociale dont la vigueur ne faiblit pas.
16. Des paysans français et européens s’attachent à sauver leurs variétés
LRD
Produire ses propres semences. Ce qui était la norme chez les paysans voilà un siècle est aujourd’hui un combat en France, où la loi entrave de plus en plus cette pratique. Paysans biologiques et conventionnels s’associent depuis peu pour garder le contrôle sur le premier maillon de la vie et de la chaîne alimentaire. Les consommateurs sont souvent loin de réaliser qu’il en va de leur liberté à choisir leur nourriture.
17. Bric-à-brac sur la biodiversité
18. Bric-à-brac sur les OGM
19. Agenda sur la biodiversité
20. Lexique
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