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Le dossier

Agriculture: de la nécessité des peuples à se nourrir eux-mêmes

Trois quarts des quelque 815 millions de personnes qui souffrent de faim dans le monde sont des paysans. Ce chiffre devrait suffire à convaincre que la faim n’est pas un problème de disponibilité de nourriture, ni de répartition de la surproduction mondiale, mais bien une question de reconnaissance des besoins des petits paysans démunis. Ces paysans, dont la production ne progresse guère depuis cinquante ans, sont aujourd’hui contraints d’écouler leurs produits à des prix qui leur permettent à peine de survivre. La lutte contre la faim est d’abord un combat pour améliorer leur situation.

Ce dossier se penche sur les deux réponses les plus essentielles à cette situation : augmenter la productivité de ces petits agriculteurs avec des méthodes simples qui ne créent ni dépendance économique ni nuisances environnementales insupportables ; ancrer l’agriculture dans le local en remettant en cause les règles iniques qui gouvernent le commerce agricole international. De plus, revaloriser l’agriculture locale au Nord rééquilibrerait les marchés internationaux, réduirait les transports polluants de produits agricoles et répondrait à une demande populaire qu’il faut espérer croissante : celui de savoir d’où vient la nourriture et comment elle est produite.

Principe encore très minoritaire et exclu de l’agenda de la gouvernance internationale, la souveraineté alimentaire est pourtant le seul qui soit capable de répondre à toutes ces exigences cohérentes avec l’objectif d’un développement durable.



1. Indicateurs
LRD

2. Quelques éclaircissements sur la notion de souveraineté alimentaire
LRD
La souveraineté alimentaire consiste à promouvoir l’autosuffisance alimentaire et à recourir aux importations agricoles uniquement en deuxième choix. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette approche est loin de s’imposer pour orienter l’agriculture. Dans un monde qui se globalise de plus en plus, aucun pays, aucune institution gouvernementale internationale ne la revendique. D’où le besoin de justifier ce choix éditorial.

3. Des échanges agricoles équitables pour des agricultures paysannes durables
Marcel Mazoyer
La production agricole mondiale a presque triplé depuis cinquante ans et les prix du blé, du riz et du maïs ont été divisés par deux. Pourtant, plus de 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim dans le monde. Comble du paradoxe : ce sont, pour les trois quarts, des paysans pauvres dont les techniques n'ont pas évolué qui assistent, impuissants, à la perte de valeur de leurs récoltes. Vaincre la faim, c'est d'abord garantir un revenu suffisant à ces paysans marginalisés et parfois sans terres.

4. L’agriculture paysanne durable peut relever le défi alimentaire
Jules Pretty et Rachel Hine
Face au défi alimentaire mondial, la tentation est forte de déléguer la production de la nourriture à une agriculture intensive en machines et en intrants chimiques, tellement ses rendements sont faramineux. Pourtant, une étude menée en 1999 démontre, pour la première fois, que les agricultures paysannes des pays du Sud peuvent accomplir des bonds comparables avec des techniques durables, bon marché et disponibles localement. La condition pour y parvenir est une organisation sociale favorable.

5. Les agriculteurs du Sahel peuvent-ils nourrir leurs villes ?
Gil Ducommun
Augmenter la productivité de la paysannerie locale est une condition nécessaire mais pas suffisante pour atteindre la souveraineté alimentaire. Il faut aussi que la politique agricole du pays favorise la production locale. Alors que tous les pays industrialisés, y compris certains pays asiatiques, ont réussi leur révolution agricole grâce à des politiques volontaristes, l’Afrique tarde à les mettre en place. Pour la première fois, un projet de recherche vise à comprendre l’état des politiques agricoles en zone sahélienne.

6. L’exploitation des famines est une rente humanitaire très profitable
Sylvie Brunel
« La prévention des famines met en jeu des mesures tellement faciles que la véritable énigme tient à ce qu’elles continuent de sévir », affirme l’économiste indien Amartya Sen. La clef de cette énigme est pourtant simple : des gouvernements criminels profitent et créent des famines pour éliminer une minorité gênante, maintenir leur emprise sur leur population ou, de plus en plus, obtenir de l’aide internationale. Dès lors, c’est bien l’expansion de la démocratie qui constitue la meilleure protection contre la famine.

7. Le sida impose un défi inédit pour les paysans pauvres en Afrique et en Asie
Tony Barnett
L’épidémie de sida affecte aujourd’hui 42 millions d’êtres humains dans le monde. Alors que la plupart des personnes contaminées vivent en zone urbaine, la maladie vide les campagnes des paysans en âge de travailler. Au point que ce fléau pourrait devenir le principal obstacle à la souveraineté alimentaire dans certains pays africains. Et le phénomène risque de se propager en Inde et en Chine.

8. Des petits paysans et des marginaux ruraux s’expriment sur l’agriculture et les OGM
Michel Pimbert, Tom Wakeford et Periyapatna V. Satheesh
En Inde, en Afrique et en Amérique du Sud, des expériences de démocratie délibérative permettent à des marginaux ruraux – petits paysans, paysans sans terre, ouvriers agricoles et petits transformateurs et consommateurs – de donner leur avis sur l’avenir de l’agriculture et les organismes génétiquement modifiés (OGM). Cet article décrit quatre de ces expériences. Toutes convergent vers le rejet, en l’état des connaissances et de cette technologie, des OGM.

9. L’Accord sur l’agriculture de l’OMC ne se soucie pas assez du développement rural
Ben Lilliston et Sophia Murphy
L’Accord sur l’agriculture (AsA) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est central pour toute discussion sur la souveraineté alimentaire. Pour l’instant, aucune voix dans cette enceinte ne revendique le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes. Mais les déséquilibres entre pays riches et en développement sont si flagrants et la mauvaise volonté des puissants à faire des concessions est si forte que la pression monte pour exiger davantage d’attention à l’égard des besoins des agricultures et des pays du Sud.

10. Pour éviter de manger du pétrole, il faut réorienter l’approvisionnement alimentaire
Andy Jones
Les transports de nourriture ne cessent de croître : les exportations se multiplient d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, des fermes aux supermarchés via des centres de stockage géants. Résultat : les émissions de dioxyde de carbone (CO2) explosent. Pourtant, il existe maints moyens de freiner cette tendance totalement absurde.

11. La grande distribution française écrase les paysans
Christian Jacquiau
De dérapages en excès, de dérives en abus, de corruptions en pratiques condamnables, les maîtres de la grande distribution française se sont peu à peu éloignés de l'esprit généreux qui semblait les animer à l’origine. Un immense super marché de dupes, dont la première victime est le citoyen-consommateur, se mondialise sur le modèle français. Coup de gueule pour une prise de conscience de l’ampleur du mal.

12. Des associations britanniques inventent la course vers la responsabilité des supermarchés LRD
Référence en termes de scandales alimentaires, le Royaume-Uni pourrait redorer son blason dans ce domaine en montrant l’exemple en matière de responsabilité des supermarchés. Pas moins de 24 institutions britanniques ont mis au point un ensemble de 25 indicateurs pour passer au crible le comportement des grandes surfaces. Six chaînes de la grande distribution, dont deux parmi les plus grandes, ont accepté de se laisser évaluer.

13. Des initiatives tentent de rapprocher paysans et consommateurs
LRD
Dans une société où les produits agricoles peuvent arriver de tous les coins de la planète, favoriser la consommation de produits locaux exige un haut niveau de connaissance de la part du consommateur – il faut qu’il sache ce qui est produit où et quand – et de nouveaux liens entre paysans et consommateurs. Des démarches émergent à plusieurs niveaux pour aider ces deux acteurs aux deux extrémités de la chaîne alimentaire – la fourche et la fourchette – à se rencontrer.

14. S’engager pour la souveraineté alimentaire
Une page de campagnes prévues cet automne en Europe et en Afrique pour défendre la souveraineté alimentaire.

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