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Le dossier
Cultiver les savoirs pour mieux cultiver
les sols
Le sol est un milieu très riche et
une ressource fondamentale. Pourtant, les sociétés
humaines détruisent leurs sols. D'une part, le culte de
la voiture individuelle favorise l'extension de villes de plus
en plus étendues en lieu et place de sols jadis très
fertiles. D'autre part, l'agriculture intensive qui a fait exploser
les rendements agricoles dégrade fortement les sols et
les écosystèmes.
Face à la croissance démographique et à l'augmentation des
besoins alimentaires de la population mondiale au XXIe siècle, ce dossier
thématique privilégie des pistes pour répondre aux deux
défis majeurs auxquels cette situation confronte les sols: la préservation
de leur fertilité et leur protection contre le bétonnage. Il s'agit
désormais de favoriser des techniques et des pratiques agricoles qui préservent
la fertilité des sols et d'inciter à la densification urbaine pour
freiner la perte de surfaces agricoles.
Dune manière générale, les sols sont encore trop peu
valorisés. Ils n'ont pas acquis un statut comparable, auprès du
grand public et des décideurs, à celui de l'eau, de l'air ou encore
de la biodiversité. Ce dossier voudrait contribuer à faire en sorte
que ce déficit d'image s'estompe peu à peu.
1. Indicateurs
LRD
2. Les sols souffrent dun déficit
dimage
Alain Ruellan
(ancien président de lUnion internationale de la
science du sol, à Montpellier, en France)
Le sol est une ressource naturelle
essentielle à la vie, au même titre que l'air et
l'eau. Pourtant, jusqu'à très récemment,
personne ou presque ne semblait s'en soucier. Cette situation
change mais le sol souffre encore d'un déficit d'image.
Il est encore trop peu connu au regard de son importance considérable.
Ce texte devrait aider à saisir la pertinence de l'ensemble
des articles de ce dossier.
3. Les connaissances sur les sols avancent
en Europe
Peter Bullock
(professeur à lUniversité de
Cranfield à Silsoe
au Royaume-Uni)
La connaissance des sols dun pays constitue la base de toute politique
de leur conservation. La complexité et le coût dacquisition
des données sur les sols ont longtemps maintenu les pays européens
dans lignorance. Mais ces pays commencent à rattraper leur retard:
ils mettent en place des programmes de cartographie, dacquisition dinformation
et de surveillance de leurs sols. En conséquence, la valorisation des
sols et leur utilisation à bon escient en Europe devraient progresser
dans les prochaines années.
4. De nouveaux outils permettent de suivre loccupation
du sol en Suisse
Nicolas Mettan (travaille à lEcole
polytechnique fédérale de Lausanne), Marco
Keiner (travaille à lEcole polytechnique
fédérale de Zurich en Suisse)
Petit pays, la Suisse ne peut exploiter que 31% de son territoire pour lagriculture
et lhabitat. Le fait que des montagnes, des lacs et des forêts occupent
le reste du territoire devrait inciter à la parcimonie. Pourtant, chaque
seconde, 0,86 m2 de terre agricole disparaît au profit de lurbanisation
et la surface d'habitat et d'infrastructure croît à un rythme bien
plus élevé que la population. Cette tendance nétant
pas conforme à un développement durable, les autorités fédérales
cherchent à aider les cantons à l'infléchir grâce à un
système dindicateurs et de suivi constant.
5. Plaidoyer pour la densification des villes
Christa Böhme et Ulrike
Meyer (travaillent à lInstitut allemand
durbanisme, à Berlin, en Allemagne)
En Allemagne, les besoins d'habitation et de transport consomment chaque jour
120 hectares de terres. Pour contrecarrer ce phénomène, il s'agit
de concevoir un développement urbain durable, économe en terrain
et qui préserve le paysage. Pour y parvenir, il est possible d'utiliser
les friches et les terrains constructibles inexploités et de transformer
des bâtiments existants.
6. A Neuchâtel, un nouveau quartier émerge
dune friche ferroviaire
Emmanuel Rey (architecte
au bureau Bauart à Neuchâtel en Suisse)
La dispersion croissante de l'environnement construit entraîne une utilisation
peu rationnelle du sol et augmente les coûts des infrastructures et les
impacts sur l'environnement. Le projet Ecoparc illustre une alternative pour
inverser cette tendance, en régénérant une friche urbaine
située à proximité immédiate de la gare de Neuchâtel,
en Suisse. Le souci de densifier un secteur à l'abandon a suscité une
réflexion sur dautres aspects dun quartier durable: la qualité de
vie de ses habitants, limpact environnemental des constructions et le développement
de synergies fonctionnelles.
7. Politiques publiques et droits de propriété pour
une gestions durable du sol
Stéphane Nahrath (chercheur à lInstitut
de hautes études en administration
publique à Chavannes-près-Renens, en Suisse)
Depuis la mise en place des premières politiques de protection de lenvironnement
au début des années 1970, la contradiction entre ces politiques
et les politiques économiques des Etats est de plus en plus évidente.
Pour dépasser cette contradiction, il est nécessaire de considérer
chaque ressource naturelle dans lensemble des usages économiques, écologiques
et culturels que la société en fait en tenant compte de lintégralité des
régulations qui laffectent. Une telle vision globale de la ressource
permet d'harmoniser les politiques économiques et environnementales. Cette
approche est appliquée ici à la ressource sol en Suisse.
8. Lagriculture biologique fait du bien aux sols
Urs Niggli, Paul
Mäder et Andreas
Fliessbach (chercheurs à lInstitut
de recherche de lagriculture biologique à Frick, en Suisse)
Lagriculture biologique est née en réaction à la stérilisation
des sols par la chimie. Mais il est tout récent quune expérience
en cours depuis 24 ans, près de Bâle, en Suisse, confirme ce que
Rudolf Steiner prônait dès 1924: les systèmes dagriculture
biologique entretiennent la fertilité des sols. Publié dans la
revue Science, en mai 2002, cette étude prouve que l'agriculture biologique
est plus efficace et plus durable que l'agriculture intégrée. Nouveau
départ pour une pratique trop longtemps dénigrée.
9. Au Brésil, 16 millions dhectares sont cultivés
sans retourner la terre.
John Landers (agriculteur
et consultant au Cerrado, au Brésil)
Lagriculture intensive soumet les sols à rude épreuve.
Le labour mécanisé a pour conséquences les plus courantes
la déstructuration du sol et lérosion. Ces méfaits
se manifestent de manière encore plus criante dans les sols tropicaux,
qui sont particulièrement fragiles. Des agriculteurs et des agronomes
brésiliens ont trouvé une parade: semer sans travailler le sol.
Histoire dune pratique agricole à grande échelle qui exploite
le sol en le préservant au maximum.
10. Le zaï: un labeur de termites et de paysans en
zone soudano-sahélienne
Eric Roose (travaille à lInstitut
de recherche sur le développement, à Montpellier, en France)
Les zones arides menacées de désertification constituent près
de 40% de la surface terrestre. Au total, environ un milliard de personnes dépendent
de ces terres pour leur alimentation. Dans la zone soudano-sahélienne,
certaines pratiques agricoles et les surpâturage favorisent la désertification.
La restauration de la productivité des sols de cette zone est vitale pour
les populations paysannes locales. Très souvent, les tentatives pour réhabiliter
ces terres avec des techniques importées des pays occidentaux échouent.
En revanche, des expériences réalisées avec des techniques
ancestrales font leurs preuves. Bien connue des paysans, la technique zaï est
lune de ces voies pour restaurer la productivité des sols cultivés.
11. En Bretagne, la reconstitution des haies samorce
Philippe Mérot (travaille à lInra à Rennes
en France)
Les rôles des haies contre l'érosion des sols et dans le stockage
du carbone sont bien connus. Ils constituent d'excellents motifs pour protéger
les quelque 250 000 kilomètres de haies qui, en Bretagne, ont échappé à la
destruction due au remembrement qui a lieu depuis cinquante ans. Pourtant, le
récent regain d'intérêt pour les haies dans cette région
française émane d'une demande sociale aux origines différentes
: l'apport des haies au façonnement du paysage breton et la quête
d'une eau propre. Cette double demande soulève des questions inédites
auxquelles les chercheurs doivent répondre pour soutenir le mouvement
de reconstitution du bocage qui s'amorce.
12. Une taxe sur lazote en Europe épargnerait
les sols et le climat
Carin Rougoor et Wouter
van der Weijden (travaillent au Centre pour lagriculture
et lenvironnement à Utrecht, aux Pays-Bas)
Lagriculture utilise des engrais azotés qui polluent les sols et
leau et contribuent à leffet de serre. Pour limiter la pollution
des sols et de leau, l'Union européenne met en place des instruments
de régulation. En revanche, rien nest en vue pour réduire
les émissions de gaz azotés qui contribuent à l'effet de
serre. Or, une taxe européenne sur les engrais azotés réduirait à la
fois la pression sur les sols et les émissions de gaz à effet de
serre. Des expériences réalisées en Autriche, en Suède
et en Finlande montrent la voie.
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